J’ai testé deux plantations de lavandes, et le plus beau plant n’a pas gagné

mai 13, 2026

Plantation de lavandes en mars et en octobre, comparaison de croissance et reprise au jardin

À Lattes, près de Montpellier, j’ai testé deux lavandes dans la même bordure plein sud. Le 17 mars, j’ai planté un gros sujet de jardinerie. Le 19 octobre, j’ai planté un petit plant plus rustique. J’ai gardé l’œil sur le collet, la motte et la vitesse d’assèchement, avec les repères de l’INRAE sur le drainage. Le bruit du gravier sous la grelinette et l’odeur de terre calcaire humide m’ont servi de repère plus sûrement qu’une étiquette en rayon.

Le protocole que j’ai suivi

Sur ce terrain argilo-calcaire, j’ai voulu un protocole lisible, pas une démo. J’ai donc choisi 2 pieds d’origine différente mais bien de la même espèce, Lavandula angustifolia. Le gros sujet venait de la pépinière de Cournonterral, en pot de 3 litres, à 14 €. Le petit plant venait de Botanic à Lattes, en godet de 11 cm, à 5,90 €. Le premier avait 4 hampes déjà fleuries, le second juste 2 départs verts à la base.

J’ai creusé les deux trous à la fourche-bêche, pas à la pelle, parce que le calcaire sous la couche arable se casse en plaques quand on force à la lame plate. À 25 cm de profondeur, la main touchait déjà un petit caillou roulé typique des alluvions du Lez. J’ai enlevé les plus gros, laissé les moyens, et j’ai posé 3 litres de gravier 4-16 mm au fond. Le pH mesuré à la bandelette tournait autour de 7,8, cohérent avec ce que j’avais vu 2 ans plus tôt quand mes premières lavandes avaient stagné.

J’ai écarté les 2 pieds de 60 cm, distance confortable pour laisser de l’air sans créer un trou visuel. Pas de goutte-à-goutte : arrosage manuel à l’arrosoir de 10 L, cuvette temporaire de 4 cm, paillage minéral pouzzolane sur 5 cm à 10 cm du collet. Je ne voulais rien qui masque le collet. C’est là, d’expérience, que se joue la reprise.

J’ai aussi noté le climat du mois. Mars 2023 a été sec jusqu’au 15, puis 28 mm de pluie sur 4 jours. Octobre a démarré tiède, 22 °C au plus chaud, avec une première pluie le 24 octobre, 18 mm en 24 h. Ces chiffres changent tout : la motte plantée en octobre n’a eu qu’à encaisser la douceur. Celle de mars, elle, a dû supporter la sécheresse d’avril et les vents de sud qui sèchent la couche de 3 cm en moins d’une journée.

Depuis 8 ans, je rédige sur l’aménagement extérieur pour un média indépendant. Ma formation à l’Université de Montpellier, en 2016, m’a appris une chose simple : ne pas confondre volume et reprise. J’ai planté les deux lavandes dans un trou large de 40 cm, peu profond, avec 3 litres de gravier grossier au contact de la motte. J’ai remonté la plantation de 5 cm pour garder le collet hors de l’eau.

Après la plantation, j’ai donné 3 litres d’eau, puis j’ai attendu que la terre sèche avant de recommencer. J’ai repris avec 1 arrosage tous les 7 jours seulement quand le sol restait sec à 2 cm de profondeur. J’ai contrôlé le pied 2 fois par semaine pendant 60 jours. Quand la surface brillait encore au bout de quelques heures, je savais que j’avais trop chargé.

En couple, sans enfant, j’ai pu noter chaque reprise le soir même. Je n’avais pas de chantier de maison à gérer à côté, juste ce coin de jardin et mes mains dans la terre. Le petit détail qui m’a marqué, c’est la sensation très nette d’un substrat qui colle au gant quand il est trop riche. Un autre détail, c’est le petit bruit sec des cailloux quand la grelinette passe et que le sol reste vivant.

Ce que j’ai vu au bout de 60 jours

À 30 jours, j’ai fait un premier point net. Sur le gros sujet de mars, j’ai vu deux tiges extérieures ramollir, puis repartir à peu près. Sur le petit plant, pas de signe visible, mais la main sur le collet donnait une sensation plus ferme : la motte ne bougeait pas sous la traction douce. J’ai noté l’état du feuillage à 6 points par pied : couleur, rigidité, bruit quand on frotte la main dessus. Sur la lavande de mars, 4 points sur 6 donnaient un bruit un peu papier. Sur celle d’octobre, encore rigide sur 5 points.

J’ai aussi testé l’humidité du substrat à 10 cm avec la sonde du tensiomètre 3 fois par semaine. Le trou de mars affichait une valeur tendue 4 jours sur 7, le trou d’octobre restait dans la zone confortable 6 jours sur 7. La différence ne venait pas de mes arrosages, identiques, mais du climat. Le sol frais d’octobre gardait l’humidité, celui de mars la perdait trop vite sous le vent sec.

Au 45e jour, le gros sujet a commencé à laisser brunir ses extrémités. J’ai gratté l’écorce au sécateur sur 2 tiges : une restait verte en dessous, l’autre commençait à griser. Pas un mort clinique, mais un pied qui lâche. Le petit plant, lui, avait sorti 3 nouvelles pousses à la base, encore fines mais déjà dressées. À 8 € la reprise ratée, je voyais déjà où allait la comparaison.

À 60 jours, j’ai pesé la tenue par la traction standard : main à plat sur le pied, tirer doucement vers le haut sans arracher. Sur la lavande d’octobre, la motte résistait entière. Sur celle de mars, la motte bougeait de 2 cm avant de tenir, preuve que le chevelu racinaire n’avait pas colonisé. J’ai aussi mesuré la pousse : 4 cm sur le petit plant, presque 0 cm nouveaux sur le gros.

Le gros pot de jardinerie avait des tiges serrées et un feuillage épais. Il faisait envie. Mais sa motte était lourde, compacte, presque grasse au toucher. Après la pluie du 6 avril, l’eau est restée en surface plus longtemps autour de lui.

Le petit plant, lui, avait moins d’effet en rayon. J’ai même cru avoir raté mon coup pendant 3 semaines. Il ne bougeait presque pas. Puis j’ai vu les premiers départs verts à la base, là où les tiges lignifiées rejoignent le pied. À 4 semaines, il avait déjà repris une allure plus nette que le gros sujet.

À 2 mois, la traction douce m’a donné la réponse la plus claire. Le petit plant résistait sans arracher la motte. Le gros, lui, gardait une belle présence en surface mais un centre moins ferme. J’ai aussi vu les extrémités brunir sur le sujet de mars avant que le cœur ne commence à brunir lui aussi. Là, je n’avais plus de doute.

Mon verdict

Pour qui oui : pour un terrain calcaire exposé, une petite lavande plantée en automne reste mon choix sûr. Tu paies moins cher, la reprise est meilleure, et tu n’as pas à compenser avec un arrosage qui ne sert à rien de toute façon. Pour qui non : pour un sol lourd argileux, ce protocole ne suffit pas. Il vaut mieux une butte surélevée de 20 cm et un drainage sérieux, pas un simple lit de gravier.

Je garde une limite claire. Je n’ai pas la certitude que le résultat tienne à 3 ans. À 2 mois, l’octobre gagne. Il faudra revoir en 2028 pour juger de la longévité. Pour un diagnostic plus fin sur un terrain particulier, je renvoie à un agronome ou au pépiniériste de Cournonterral, qui connaît ses variétés mieux que moi.

Mon verdict est simple : pour un terrain léger, calcaire et bien exposé à Lattes ou à Montpellier, je choisis le petit plant rustique, planté haut et peu arrosé. Je le déconseille à qui veut un effet immédiat en 15 jours. Pour un sol lourd, je dis non sans hésiter, sauf butte renforcée et drainage sérieux. Si je veux un diagnostic de terre plus fin, je passe le relais à un paysagiste local ou à un agronome de l’Université de Montpellier.

Julien Leroux

Julien Leroux publie sur le magazine Média Jardin des contenus consacrés à l’aménagement extérieur, au choix des végétaux, aux plantations et à la structuration du jardin. Son approche repose sur la clarté, la progression et la recherche de repères concrets pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur espace extérieur et à faire des choix plus cohérents.

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